Phonographie mobile 2 : Val-Jalbert

Publié le: 3 juillet 2017

Le projet

GÉNÉRAL

Il s’agit d’un projet en recherche-création sur le son, la danse et la scène transmédiatique (ici la web radio) qui se forme à partir d’une présence physique à l’écoute d’un environnement spécifique.
Cette étape est partagée avec des étudiants des trois cycles (UQAC, U. Laval, UQAM), et encadrée par la chorégraphe française Emmanuelle Huynh, le créateur sonore français Matthieu Doze et l’équipe de la Chaire « Dramaturgie sonore au théâtre ».

DÉROULEMENT
Dans un premier temps (du 15 au 17 mai), une équipe interdisciplinaire (théâtre, danse, son, vidéo, web, radio) et interculturelle (Québec, France, Colombie) part dans le village de Val Jalbert (site ouvrier au début du XXe siècle devenu un site touristique… http://www.valjalbert.com/fr ) pour vivre, à l’aide d’une jeune guide, Élise, pendant 3 jours une écoute intensive. Pendant cette période, l’équipe captera ses impressions sous différentes formes (son, image, mots, objets…) et tissera un lien privilégié avec une communauté de spectateurs à travers une web radio mise en place dans le village même.

Dans un deuxième temps (du 18 au 24 mai), l’équipe revient dans le théâtre de l’Université du Québec à Chicoutimi. Il s’agira d’explorer les matériaux rassemblés durant la première étape pour peu à peu produire une ou des formes scéniques performatives en réponse à Val-Jalbert. La relation avec les spectateurs internaute évoluera de même en participant, à travers la web radio, à ces créations.

Enfin le 25 mai, nous ouvrirons nos portes au public pour présenter quelques moments de notre recherche. Là encore, le spectateur internaute devrait avoir sa place dans cette présentation.

LE PROJET

Vers la phonographie
Au sein de la Chaire en Dramaturgie sonore au théâtre, pour participer à la mutation des écritures scéniques, nous avons choisi de sortir hors des murs du théâtre et de délocaliser notre écoute vers des environnements extérieurs dont la nature sonore se fait plus imprévisible, plus événementielle. Un déplacement qui n’est plus seulement considéré comme le « cadre » d’exploration mais aussi comme une instance capable de générer l’œuvre elle-même (Lelong, 2007). Emmanuelle Huynh explore des principes similaires notamment à travers sa création A Taxi driver, an architect and the High Line ou son portrait de la ville de Saint Nazaire. L’artiste à l’écoute se déplace avec son sujet, créé la forme dans le déplacement (aller sur place, suivre l’autre, enregistrer, monter, transmettre).
C’est là que le concept de phonographie entre en jeu.
D’un côté, la phonographie se rapproche du field recording dans le sens où elle consiste à mettre en valeur des sons plutôt que de les inventer, de l’autre, elle est aussi une création, une écriture qui concerne davantage un savoir écouter plutôt qu’un savoir-faire (Ripault, 2007). En ce sens, si le phonographiste s’intéresse à l’écologie sonore, au contraire du documentariste, il considère aussi tous les événements qui replacent la faillibilité du sujet dans l’événement sonore (défaillance de la technologie, défauts de manipulation, commentaires inopinés…). On pourrait dire qu’à travers sa captation, la phonographie rejoint l’événementiel, le faire et le montrer faire d’une démarche performative telle que conceptualisée par Schechner.

De la corporéité
Au sein de cet espace en mouvement, l’attrait numérique sur une action d’écoute soulève en contrepartie une question faite au corps. À travers cette technologique allégée, l’artiste fait entendre sa mobilité sonifiée qui révèle le « geste d’incitation à la rencontre avec la musicalité des sons du monde » (Ripault, 2007). Une conscience du corps en mouvement dans l’environnement qui rend compte de l’« individu comme environnement » (Clavel et Ginot, 2015). D’où notre besoin de faire appel à une approche chorégraphique qui en profitant des interfaces numériques, se conçoit d’un point de vue écologique pour sortir des postures habituelles et des processus d’émergence du geste.

Ainsi, Phonographie Val-Jalbert, c’est le rassemblement de deux espaces de création pour construire la scène autrement : la phonographie et la danse, dont la mise en contact spécifique est l’occasion d’un débordement scénique technologique, processuel, esthétique, culturel qui fait appel à une autre considération du spectateur.
Au regard de cette complexité, il nous apparaît qu’une autre collaboration spectatorielle doit se penser dès la phase d’exploration.

Vers une collaboration spectatorielle
Depuis 2012, la Chaire explorent deux formes hybrides et métathéâtrales (Liaisons sonores, et Cartographies de l’attente) dont la mobilité des outils et la mise en ligne des présentations publiques influent aussi sur la place résolument évolutive du spectateur.
Le langage numérique actuel permet de considérer la scène au-delà de sa frontière physique pour la déployer en un réseau hétérogène ou un « devenir-interface » (Ryngaert et Sermon, 2012) qui dépasse les oppositions entre dedans et dehors, entre naturel et artificiel, réel et virtuel, émetteur et récepteur, homme et machine, entre artiste et spectateur.
Ainsi, avant d’arriver à Val-Jalbert, nous contacterons des personnes de différents pays pour constituer une communauté de spectateurs. Dès notre immersion, notre équipe organisera une plateforme internet (web radio et site) qui diffusera en direct ou en léger différé pour mutualiser notre processus in situ à Val Jalbert avec cette communauté de spectateurs. Immergés dans notre écoute, ces spectateurs internautes auront la possibilité de commenter, d’interroger, d’expérimenter avec nous la formation d’une recherche-création en devenir. Cela pourra prendre la forme d’interventions diverses : discussions, commentaires oraux et/ou écrits, propositions sonores, photographiques, audiovisuels… toutes formes pouvant « entrer » sur le web.

Cette complicité se prolongera au-delà de Val Jalbert, de retour au théâtre de l’UQAC. Toujours dans un va-et-vient, l’artiste entretiendra une relation régulière avec les spectateurs internautes pour mettre en débat les avancées de son processus de création. Leurs interventions pourront alors consister à aider, relancer, compléter, critiquer, collaborer avec un ou plusieurs des artistes en recherche autant sur les sons, les gestes, les histoires, les images, les espaces… On peut imaginer qu’un artiste agisse en même temps que leurs interventions…
Enfin, lors de la présentation dans le but de concevoir une plateforme scénique, nous tenterons de répartir le contenu processuel et final sur différents médias, et de faire intervenir les spectateurs internautes (ceux qui veulent) au cours de la performance même, notamment à travers la web radio, considéré comme espace scénique.

Ce programme est financé par la Chaire de recherche du Canada « Dramaturgie sonore au théâtre », l’Université du Québec à Chicoutimi et le Consulat de France.

Productions sonore de la CRC Dramturgie sonore au théâtre
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